Voyage à Madagascar – épisode 2 : La pauvreté

Journal de bord, le 9 mars 2016

Nous sommes ici dans une région plutôt « riche », tout le monde mange à sa faim, il y pousse beaucoup de choses, une généreuse saison des pluies suivie d’une réelle saison sèche favorise l’agriculture. Les principales cultures pour l’exportation sont le poivre et la vanille, les cultures à huiles essentielles (ylang ylang principalement), cacao (de très bonne qualité), café, noix de cajou. À côté de cela les paysans font du maraichage en saison sèche, des fruits (oranges, bananes, ananas), du manioc et surtout du poisson et des fruits de mer, crabes et crevettes, qui commencent aussi à être exportés. Ils ne font par contre que très peu de riz, ils l’achètent donc à l’extérieur avec l’argent des produits exportés.

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Zébus et jeune garçon

Ils mangent à leur faim donc, mais les conditions de vie de la grande majorité sont difficiles à imaginer pour nous autres européens. À Ambanja, comme dans la plupart des villes de Madagascar, il n’y a pas de réseau d’adduction d’eau et pas d’égout. La lessive est faite dans le fleuve, les « puits » servent pour l’eau potable et pour la cuisson, mais comme les égouts se déversent dans les fossés, aucune eau n’est réellement potable, il y a donc beaucoup de maladies en particulier la typhoïde. Il n’y a pas non plus de ramassage des ordures, : elles sont dans la rue ou entassées derrière les arbres, ou encore derrière le mur de l’école ! ! ! Avec le climat tropical, les ordures disparaissent dans le fleuve, ou s’enfouissent toutes seules dans le sol.

Ambanja compte environ 30 000 personnes, mais cela semble une toute petite ville, beaucoup plus petite qu’Alès (pour le même nombre d’habitants) par exemple, et avec seulement quelques maisons en dur, le reste est constitué de case en falafa (nervure centrale du raphia ou d’un palmier que l’on appelle arbre du voyageur) ou en tôle rouillée. Les gens vivent principalement dehors pendant la journée ou devant les cases sous un petit dépassement de toiture, et s’entassent la nuit dans les cases souvent à même le sol. La ville est traversée par des pistes, dont un ou deux kilomètres sont goudronnées, le reste est en terre, des creux immenses se forment pendant la saison des pluies, ils sont rebouchés à l’arrivée de la saison sèche en y déversant des tas de terre et des détritus, qui vont s’aplanir au fur et à mesure que les camions et tracteurs vont rouler dessus.

Tout cela dresse un tableau d’une grande misère, mais le contraste est très fort entre cette misère et les gens que l’on croise dans la rue. Ils sont tous souriants, détendus, tranquilles, ils regardent devant eux, ne courbe pas la tête comme les Parisiens dans le métro. Les hommes sont souvent grands et musclés, les femmes très joliment habillées, les enfants nous lancent des joyeux « salut Vasa, salut Vasa » avec d’immense sourires (Vasa est le surnom de tous les blancs ici). Bien sûr il y a des voleurs, de la criminalité, les gens vivent au jour le jour et se font souvent avoir par les négociants qui viennent leur acheter leur marchandise en utilisant des balances truquées. Mais dans l’ensemble la région est paisible et « prospère », ce qui n’est pas le cas partout à Madagascar.

Autre élément d’instabilité économique, il n’y a pas de cadastre, de bornage des terrains, la propriété est un concept très flou. En particulier dans la zone de forêt où il y a la collecte de vanille et de poivre, le haut Sambirano, les paysans sont installés dans la forêt domaniale sans aucune autorisation, ils s’entendent entre voisins : « moi je construis ma case ici, ça c’est mon champ et puis voilà. » Mais ils sont dans la crainte de voir arriver des fonctionnaires, qui peuvent les expulser, les mettre en prison, ou plus généralement les racketter pour avoir le droit de rester là. Ils ont donc toujours peur de déclarer quelles surfaces ils cultivent, combien de lianes de vanille ou de poivre ils possèdent, car ils craignent d’être dénoncés aux autorités. Le problème est que le contrôle bio Ecocert a besoin de connaitre tous ces éléments-là, il faut donc encore une fois gagner la confiance des paysans, en sachant qu’il est presque impossible de gagner leur fidélité en retour. Dès qu’un autre acheteur vient leur proposer un peu plus, un peu plus tôt, même si la balance est truquée, ils risquent de craquer et de dire qu’ils n’ont rien produit cette année.

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