Voyage à Madagascar : épisode 7 : Moramanga

Journal de bord, le 17 mars 2016

À mi-chemin entre la capitale Antananarivo et le plus grand port du pays Tamatave (Toamasina en malgache) se trouve la ville de Moramanga. C’est ici que notre partenaire possède 150 hectares de terre, entièrement en bio et équitable. La plus grande partie des cultures sont destinées à la production d’huiles essentielles, l’autre activité en dehors des épices. Toutefois nous recevons un peu de cannelle tuyaux de Mouramanga, un peu de curcuma vient de là aussi, et bientôt du gingembre et peut-être de la baie rose. Les huiles essentielles : ravintsara, gingembre, curcuma, feuille de cannelle, géranium sont vendus en France.

Dans le cadre de la certification BioPartenaire, 3 % du chiffre d’affaires des deux entreprises sur les matières venant de Moramanga est reversé sous forme de prime pour financer un projet collectif pour les producteurs ou les salariés.

À Moramanga il a été décidé de financer une rizière pour la consommation de riz des salariés et de leurs familles. En fait la rizière était déjà là, dans le fond de la vallée, mais les rendements étaient très faibles. La prime a donc servi à installer la « méthode SRI », une technique de culture intensive sans pesticides, inventée à Madagascar et qui s’est depuis propagée dans le monde entier. Elle permet d’augmenter les rendements de façon spectaculaire, tout en réduisant la quantité d’eau et de semences. Au départ le riz était simplement cultivé dans un marécage au fond de la vallée, le projet a permis de structurer le marécage en parcelles, avec un canal d’irrigation, et de payer des ouvriers pour s’en occuper. De plus en contre-saison, quand le riz a été récolté, il est remplacé par des légumes, des pommes de terre et des haricots.

Rizières
Rizières

Les récoltes sont partagées à parts égales entre tous les salariés de la plantation soit une trentaine de familles. Une famille malgache consomme en moyenne 200 kg de riz par an, cette année elles en ont reçu 300 kg chacune, ce qui va leur assurer un revenu supplémentaire grâce à la revente d’une partie de leur riz. Les légumes couvrent aussi largement leurs besoins.

Là où l’expérience devient particulièrement intéressante, c’est que tous les salariés sont formés à la culture du riz selon la méthode SRI et à la culture des légumes, ils peuvent donc utiliser ces connaissances chez eux, mais aussi former leurs voisins, leurs familles… Ces bonnes pratiques se propagent donc au-delà de la seule plantation, et toute la région en profite.

En plus de la rizière, les primes ont permis de créer 4 forages d’eau et autant de toilettes sèches pour les salariés qui habitent sur la plantation.

Enfin dernier projet en cours, des pépinières ont été créées pour fournir aux paysans alentour des jeunes plants d’eucalyptus citriodora. Dans la région la déforestation est forte, les paysans prélèvent du bois pour faire du charbon, les feux de forêt dévastent régulièrement les forêts. Phael Flor propose ces plans d’eucalyptus et en échange, dès que les arbres seront devenus assez grands, les paysans prennent l’engagement de ne plus prélever de bois dans la forêt primaire et de la protéger contre les feux de forêt. L’eucalyptus citriodora pousse très rapidement, il permet de faire du bon charbon, et de plus Phael achètera les feuilles aux paysans pour faire de l’huile essentielle.

L’impact des ces projets est très fort, ils renforcent la confiance des paysans, leur assurent une autonomie alimentaire, améliorent leurs conditions de vie, et renforcent la biodiversité. Pour Hery, la mise en place des contrats BioPartenaire est une très grande réussite, et une promesse pour l’avenir.

La plus grosse partie de notre curcuma est produite par des paysans indépendants, qui cultivent chacun en moyenne un hectare de curcuma, plus à l’est vers Tamatave. La aussi, les primes BioPartenaire ont financé différents projets, en particulier l’achat de zébus et d’une barque à moteurs pour traverser le fleuve. Hery pense que sans ces projets les paysans auraient vendu leur curcuma à d’autres sociétés. Mais ils sont tellement heureux de l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, qu’il n’est plus question pour eux de travailler avec quelqu’un d’autre que notre partenaire.

Hery est le fils du fondateur de l’entreprise avec qui nous travaillons. À la fin de la seconde, son lycée à Antananarivo a fermé, il est parti pour la France pour finir le lycée et faire des études d’ingénieurs. Après ses études, il a été embauché par Henkel en Belgique (fabricant de lessives) au service qualité, puis il a ensuite eu d’autres opportunités d’emploi, il ne pensait pas alors revenir à Madagascar. Son père lui a un jour proposé de revenir passer quelques mois au pays, de travailler un peu avec lui, puis de rester à Madagascar si le travail lui plaisait ou de retourner travailler en France dans le cas contraire. Cela lui a plu, il est resté ! J’aimerais pouvoir vous décrire la fierté visible dans son regard lorsqu’il me montrait toutes ces réalisations qui font avancer son pays.

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